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Appel à communications

15 et 16 juin 2017

Appel à communications

Musée de Salagon, le Prieuré, 04300 Mane

Rendez-vous ethnologiques de Salagon « Déplacements, petits et grands »

En collaboration avec le CRIA et l’IDEMEC (UMR 7307 AMU-CNRS)
Nous invitons ceux que le sujet intéresse, qu’ils soient universitaires, qu’ils travaillent dans un musée ou traitent de la thématique dans un autre cadre, à envoyer une proposition de communication.

Comité organisateur
- Jean-Yves Durand, CRIA-UMinho (Braga, Portugal)
- Cyril Isnart, IDEMEC (Aix-en-Provence)
- Isabelle Laban-Dal Canto, musée de Salagon (Mane)
- Antonin Chabert, musée de Salagon (Mane)

Les propositions de communication sont à envoyer à Isabelle Laban-Dal Canto,, directrice de Salagon

Date limite de réception le 15 février 2017

Envoi sous forme numérique (Word), maximum 2 000 signes espaces compris.

Les intervenants retenus seront défrayés (voyage et hébergement).

Déplacements, petits et grands
Que l’on pense, par exemple, à l’hésitation sémantique entre « migrant » et « réfugié » visible dans le traitement médiatique des conséquences de la guerre en Syrie, ou, dans un registre moins dramatique – encore que révélateurs de sérieux problèmes affectant l’existence humaine – au « chassé-croisé » marquant les « journées noires » estivales sur les routes françaises, l’actualité nous montre sans cesse l’importance que la faculté de se déplacer a dans notre vie.


De toutes les routes de France d’Europe
Celle que j’préfère est celle qui conduit
En auto ou en auto-stop
Vers les rivages du Midi

Au quotidien, nos mouvements sont certes plus triviaux et de portée plus limitée que ceux suscités par une crise économique, un conflit armé ou même des grandes vacances annuelles. Leur routine est néanmoins souvent structurante de la vie individuelle et familiale : nous savons tous ce qu’une grève dans les transports publics a d’irritant et aussi qu’un déménagement est un dérangement, à divers titres perturbant, voire traumatique – et pas seulement pour les papiers de famille ou pour le mobilier, à propos desquels on dit parfois que « trois déménagements valent un incendie ». Par ailleurs, le fait est que, désormais, la plus grande partie des biens matériels et immatériels que nous consommons (y compris d’ailleurs ceux mêmes auxquels nous recourons pour nous déplacer physiquement ou nous dépayser mentalement) sont produits au loin, dans des univers géographiques, sociaux et culturels parfois très éloignés et différents de ceux de leur usage.
L’attention à la question des migrations, des flux culturels et de la « diffusion » a certes une longue histoire en sciences sociales. Néanmoins, l’intensification de la fréquence, de l’ampleur et des conséquences des déplacements (dont sont aussi apparues de nouvelles modalités) pour une part croissante de l’humanité a fait que le thème de la « mobilité » soit devenu omniprésent ces dernières années dans la recherche, avec de nombreuses conférences qui le déclinent de diverses manières, comme entre autres nombreux exemples, en 2017, le congrès du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, à Pau, ou la conférence conjointeInternational Union of Anthropological and Ethnological Sciences (IUAES) et Canadian Anthropology Society (CASCA), à Ottawa. Cette tendance trouva l’une de ses premières et plus solides sources à partir des années 1990 dans les travaux du sociologue britannique John Urry, récemment disparu. Visant à constituer une approche systématique d’un aspect essentiel de la vie sociale, elle porte son attention sur les questions générales que soulève la faculté d’être mobile – ou son absence – souvent à partir d’une observation ethnographique de déplacements de personnes, d’idées ou d’objets, ainsi que des implications socioéconomiques et de la mise en œuvre des moyens techniques de ces mouvements.
Diverses interventions faites lors des deux premières sessions du Rendez-vous Ethnologique (Collectes, collections, inventaires – Que faire du patrimoine ethnologique ?, avril 2015, et Vies et morts des objets du quotidien, avril 2016) avaient d’ailleurs déjà abordé, de manière plus ou moins centrale ou explicite, des préoccupations similaires. Et ce fut aussi le cas dans le cadre du Séminaire d’Ethnobotanique qu’organise le musée depuis 15 ans, lors de la session qui traita des « plantes invasives », en 2008, ou lorsqu’y fut évoquée la décoration végétale des ronds-points.

Route des vacances
Qui traverse la Bourgogne et la Provence
Qui fait d’ Paris un p’tit faubourg d’Valence
Et la banlieue d’Saint-Paul-de-Vence

Hormis quelques exceptions plus ou moins délibérément expérimentales de musées « hors les murs » ou itinérants, les musées sont des institutions notoirement peu mobiles. Mais, pour tout musée, bien qu’elle puisse ne pas paraître immédiate, la question du déplacement est cependant d’importance, qu’il s’agisse de ses expositions, de ses compétences, de ses publics et, avant tout, de ses objets : déplacés depuis leur univers d’origine ; au sein des espaces du musée ; entre musées ; depuis les réserves centralisées qui, désormais, irriguent parfois plusieurs musées… Ainsi, la recontextualisation et la réinterprétation qui accompagnent les déplacements d’objets, par exemple d’un musée d’ethnologie à un musée des Beaux-Arts, méritent d’être pensées à la lumière d’expériences précises permettant d’évaluer leurs vertus et leurs limites. Et, d’une manière plus générale, comment parler de déplacements dans des lieux clos et immobiles par définition, qu’il s’agisse de migrations, de sciences et techniques (comment exposer des automobiles ou des trains ?), de design ou de Beaux-Arts, avec les artistes qui traitent du mouvement ?
À cet égard, le thème des « déplacements » s’articule avec celui de l’exposition temporaire de Salagon, qui en 2017 sera intituléeHaute Provence, terre ouverte et portera sur les anciens mouvements de population (gavots, charbonniers, colporteurs, etc.) et sur les néo-habitants d’une Provence qui a en effet son lot de migrations à motivations économiques, politiques ou de confort (internes à la région, à partir d’elle ou vers elle, temporaires ou définitives), de transhumants, de villages déplacés… Comment les musées traitent-ils ces aspects souvent essentiels de la constitution historique et culturelle d’un territoire mais qui, peut-être à l’exception de la transhumance, ne sont pas associés à l’image régionale qui fait depuis déjà longtemps l’objet d’une diffusion mondiale ? Comment conçoivent-ils leur rôle alors que l’installation, par endroits massive, de néo-résidents aux origines et aux préoccupations très diverses a inversé le solde migratoire et bouleversé la composition démographique et culturelle locale ? Dépositaires de mémoires de départs, de retours, de séparations, de retrouvailles, que font-ils alors que le « voyage » s’est transformé en « tourisme » et que le carnet de voyage, longtemps intime, se destine désormais souvent avant tout à être publié ou divulgué sur internet, ou qu’il est pensé comme un objet d’art ?
Porter ainsi le regard sur l’activité des musées régionaux qui concernent des « déplacements », de particulière importance en Provence, passés ou contemporains, oblige à considérer aussi les recherches en sciences sociales sur la Provence, particulièrement les approches ethnologiques. Lorsque Lawrence Wylie observa « Peyrane » (Roussillon) au début des années 1950 puis une trentaine d’années plus tard, ou lorsqu’une équipe d’ethnologues aixois étudia le Revest du Bion au début des années 1970, les changements les plus marquants qu’ils relevèrent dans la vie locale concernaient la diversification des échanges économiques et de leurs origines, l’accès à de nouveaux produits manufacturés, ou encore l’élargissement considérable de l’aire dans laquelle il était possible de choisir un conjoint. Il faut désormais y ajouter l’existence de moyens de transport efficaces, relativement bon marché, et la massification du recours permanent à des systèmes de transmission de l’information aux possibilités insoupçonnées il y a peu. Les déplacements par-delà les confins sociaux et culturels qui définirent longtemps cet univers n’ont plus rien de nouveau.
Rien d’original en ces changements, qui ne sont certes pas spécifiques à la Provence, à laquelle le Rendez-vous n’entend pas limiter son approche. Y a-t-il néanmoins quelque spécificité dans la manière comme ils sont perçus dans cette région, qui aime toujours se penser et se présenter comme détentrice d’une identité forte – et qui est souvent encore voulue ainsi par ses visiteurs ? Comment leur extension et leur approfondissement sont-ils perçus dans la vie quotidienne de ses habitants anciens et nouveaux ? Comment les mouvements collectifs qui scandaient la vie régionale (travaux saisonniers, pèlerinages, foires…) ont-ils évolué ou par quoi ont-ils été substitués ? Le rôle joué par l’automobile dans la réorganisation complète de nombreux aspects de l’usage du territoire a-t-il reçu toute l’attention qu’il mérite ? Comment la nouvelle réalité se traduit-elle – ou non, et pourquoi – dans les travaux des chercheurs, dans les musées ? Pourquoi et comment les centres d’intérêt de la recherche se sont, eux aussi, déplacés ?
Tout déplacement implique séparation et juxtaposition, exclusion et inclusion, qu’elles soient ou non délibérées et calculées. Comment le rapport entre elles, toujours variable, sous-tend-il les déplacements, petits et grands, aujourd’hui observables dans notre vie quotidienne lorsqu’on la saisit à une échelle propice à l’observation ethnographique ou à la production muséographique ?

On chante, on fête
Les oliviers sont bleus ma p’tit’ Lisette
L’amour joyeux est là qui fait risette
On est heureux Nationale 7.

Jean-Yves Durand

CRIA-UMinho