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Rendez-vous ethnologiques de Salagon

Rendez-vous ethnologiques de Salagon

Jeudi 15 et Vendredi 16 juin 2017
8h30-17h30, Musée de Salagon, Mane

Troisièmes Rendez-vous ethnologiques de Salagon « Déplacements, petits et grands »



En collaboration avec le CRIA et l’IDEMEC (UMR 7307 AMU-CNRS), avec le soutien du ministère de la cultur

Présentation des Rendez-vous ethnologiques de Salagon
Les Rendez-vous ethnologiques de Salagon sont nés de la confrontation fructueuse entre des ethnologues, chercheurs en milieu universitaire, et les scientifiques du musée de Salagon, en charge d’une collection d’ethnologie rurale qui ne cesse de poser question.

En effet, contrairement aux Beaux-Arts où la recherche fondamentale en Histoire de l’art continue d’irriguer et de vitaliser les collections et les expositions, les collections d’ethnologie rurale, composées d’artefacts issus d’une société disparue, ne génère plus, ou presque plus, de recherche. Les universitaires sont tournés vers des faits contemporains, et la culture matérielle ne fait plus recette : collecter au cours des enquêtes, comme cela se faisait du temps de Georges Henri-Rivière, n’est plus une démarche fréquente.

Comment créer une nouvelle émulation stimulante entre chercheurs – universitaires et amateurs – et professionnels des musées ? Voici la question que veulent soulever ces Rendez-vous ethnologiques de Salagon, qui invitent tous ceux qui ont une expérience du sujet à intervenir, afin de partager les pratiques, d’échanger des témoignages, de parvenir à relancer un dialogue fructueux aux confluences d’approches les plus diverses.
Les responsables scientifiques des Rendez-vous :
- Antonin Chabert, responsable de l’unité scientifique, musée de Salagon
- Jean-Yves Durand, CRIA-UMinho (Braga, Portugal)
- Cyril Isnart, chargé de recherche, UMR IDEMEC, Aix Marseille Université CNRS
- Isabelle Laban-Dal Canto, conservatrice du patrimoine, directrice de Salagon

Présentation du thème :
« Déplacements, petits et grands »

Que l’on pense, par exemple, à l’hésitation sémantique entre « migrant » et « réfugié » visible dans le traitement médiatique des conséquences de la guerre en Syrie, ou, dans un registre moins dramatique – encore que révélateurs de sérieux problèmes affectant l’existence humaine – au « chassé-croisé » marquant les « journées noires » estivales sur les routes françaises, l’actualité nous montre sans cesse l’importance que la faculté de se déplacer a dans notre vie.

De toutes les routes de France d’Europe
Celle que j’préfère est celle qui conduit
En auto ou en auto-stop
Vers les rivages du Midi

Au quotidien, nos mouvements sont certes plus triviaux et de portée plus limitée que ceux suscités par une crise économique, un conflit armé ou même des grandes vacances annuelles. Leur routine est néanmoins souvent structurante de la vie individuelle et familiale : nous savons tous ce qu’une grève dans les transports publics a d’irritant et aussi qu’un déménagement est un dérangement, à divers titres perturbant, voire traumatique – et pas seulement pour les papiers de famille ou pour le mobilier, à propos desquels on dit parfois que « trois déménagements valent un incendie ». Par ailleurs, le fait est que, désormais, la plus grande partie des biens matériels et immatériels que nous consommons (y compris d’ailleurs ceux mêmes auxquels nous recourons pour nous déplacer physiquement ou nous dépayser mentalement) sont produits au loin, dans des univers géographiques, sociaux et culturels parfois très éloignés et différents de ceux de leur usage.

L’attention à la question des migrations, des flux culturels et de la « diffusion » a certes une longue histoire en sciences sociales. Néanmoins, l’intensification de la fréquence, de l’ampleur et des conséquences des déplacements (dont sont aussi apparues de nouvelles modalités) pour une part croissante de l’humanité a fait que le thème de la « mobilité » soit devenu omniprésent ces dernières années dans la recherche, avec de nombreuses conférences qui le déclinent de diverses manières, comme entre autres nombreux exemples, en 2017, le congrès du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, à Pau, ou la conférence conjointe International Union of Anthropological and Ethnological Sciences (IUAES) et Canadian Anthropology Society (CASCA), à Ottawa. Cette tendance trouva l’une de ses premières et plus solides sources à partir des années 1990 dans les travaux du sociologue britannique John Urry, récemment disparu. Visant à constituer une approche systématique d’un aspect essentiel de la vie sociale, elle porte son attention sur les questions générales que soulève la faculté d’être mobile – ou son absence – souvent à partir d’une observation ethnographique de déplacements de personnes, d’idées ou d’objets, ainsi que des implications socioéconomiques et de la mise en œuvre des moyens techniques de ces mouvements.

Diverses interventions faites lors des deux premières sessions du Rendez-vous Ethnologique (Collectes, collections, inventaires – Que faire du patrimoine ethnologique ?, avril 2015, et Vies et morts des objets du quotidien, avril 2016) avaient d’ailleurs déjà abordé, de manière plus ou moins centrale ou explicite, des préoccupations similaires. Et ce fut aussi le cas dans le cadre du Séminaire d’Ethnobotanique qu’organise le musée depuis 15 ans, lors de la session qui traita des « plantes invasives », en 2008, ou lorsqu’y fut évoquée la décoration végétale des ronds-points.

Route des vacances
Qui traverse la Bourgogne et la Provence
Qui fait d’ Paris un p’tit faubourg d’Valence
Et la banlieue d’Saint-Paul-de-Vence

Hormis quelques exceptions plus ou moins délibérément expérimentales de musées « hors les murs » ou itinérants, les musées sont des institutions notoirement peu mobiles. Mais, pour tout musée, bien qu’elle puisse ne pas paraître immédiate, la question du déplacement est cependant d’importance, qu’il s’agisse de ses expositions, de ses compétences, de ses publics et, avant tout, de ses objets : déplacés depuis leur univers d’origine ; au sein des espaces du musée ; entre musées ; depuis les réserves centralisées qui, désormais, irriguent parfois plusieurs musées… Ainsi, la recontextualisation et la réinterprétation qui accompagnent les déplacements d’objets, par exemple d’un musée d’ethnologie à un musée des Beaux-Arts, méritent d’être pensées à la lumière d’expériences précises permettant d’évaluer leurs vertus et leurs limites. Et, d’une manière plus générale, comment parler de déplacements dans des lieux clos et immobiles par définition, qu’il s’agisse de migrations, de sciences et techniques (comment exposer des automobiles ou des trains ?), de design ou de Beaux-Arts, avec les artistes qui traitent du mouvement ?

À cet égard, le thème des « déplacements » s’articule avec celui de l’exposition temporaire de Salagon, qui en 2017 sera intitulée Haute Provence, terre ouverte et portera sur les anciens mouvements de population (gavots, charbonniers, colporteurs, etc.) et sur les néo-habitants d’une Provence qui a en effet son lot de migrations à motivations économiques, politiques ou de confort (internes à la région, à partir d’elle ou vers elle, temporaires ou définitives), de transhumants, de villages déplacés… Comment les musées traitent-ils ces aspects souvent essentiels de la constitution historique et culturelle d’un territoire mais qui, peut-être à l’exception de la transhumance, ne sont pas associés à l’image régionale qui fait depuis déjà longtemps l’objet d’une diffusion mondiale ? Comment conçoivent-ils leur rôle alors que l’installation, par endroits massive, de néo-résidents aux origines et aux préoccupations très diverses a inversé le solde migratoire et bouleversé la composition démographique et culturelle locale ? Dépositaires de mémoires de départs, de retours, de séparations, de retrouvailles, que font-ils alors que le « voyage » s’est transformé en « tourisme » et que le carnet de voyage, longtemps intime, se destine désormais souvent avant tout à être publié ou divulgué sur internet, ou qu’il est pensé comme un objet d’art ?

Porter ainsi le regard sur l’activité des musées régionaux qui concernent des « déplacements », de particulière importance en Provence, passés ou contemporains, oblige à considérer aussi les recherches en sciences sociales sur la Provence, particulièrement les approches ethnologiques. Lorsque Lawrence Wylie observa « Peyrane » (Roussillon) au début des années 1950 puis une trentaine d’années plus tard, ou lorsqu’une équipe d’ethnologues aixois étudia le Revest du Bion au début des années 1970, les changements les plus marquants qu’ils relevèrent dans la vie locale concernaient la diversification des échanges économiques et de leurs origines, l’accès à de nouveaux produits manufacturés, ou encore l’élargissement considérable de l’aire dans laquelle il était possible de choisir un conjoint. Il faut désormais y ajouter l’existence de moyens de transport efficaces, relativement bon marché, et la massification du recours permanent à des systèmes de transmission de l’information aux possibilités insoupçonnées il y a peu. Les déplacements par-delà les confins sociaux et culturels qui définirent longtemps cet univers n’ont plus rien de nouveau.

Rien d’original en ces changements, qui ne sont certes pas spécifiques à la Provence, à laquelle le Rendez-vous n’entend pas limiter son approche. Y a-t-il néanmoins quelque spécificité dans la manière comme ils sont perçus dans cette région, qui aime toujours se penser et se présenter comme détentrice d’une identité forte – et qui est souvent encore voulue ainsi par ses visiteurs ? Comment leur extension et leur approfondissement sont-ils perçus dans la vie quotidienne de ses habitants anciens et nouveaux ? Comment les mouvements collectifs qui scandaient la vie régionale (travaux saisonniers, pèlerinages, foires…) ont-ils évolué ou par quoi ont-ils été substitués ? Le rôle joué par l’automobile dans la réorganisation complète de nombreux aspects de l’usage du territoire a-t-il reçu toute l’attention qu’il mérite ? Comment la nouvelle réalité se traduit-elle – ou non, et pourquoi – dans les travaux des chercheurs, dans les musées ? Pourquoi et comment les centres d’intérêt de la recherche se sont, eux aussi, déplacés ?

Tout déplacement implique séparation et juxtaposition, exclusion et inclusion, qu’elles soient ou non délibérées et calculées. Comment le rapport entre elles, toujours variable, sous-tend-il les déplacements, petits et grands, aujourd’hui observables dans notre vie quotidienne lorsqu’on la saisit à une échelle propice à l’observation ethnographique ou à la production muséographique ?

On chante, on fête
Les oliviers sont bleus ma p’tit’ Lisette
L’amour joyeux est là qui fait risette
On est heureux Nationale 7.

Jean-Yves Durand
CRIA-UMinho
IDEMEC


PROGRAMME

Jeudi 15 juin 2017
08:30 – Accueil
09 :00 – Ouverture des Rendez-vous par Isabelle Chave, adjointe au chef du département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique, ministère de la culture et Jean-Louis Riccioli, conseiller musée à la DRAC PACA.
10 : 00 – Les petits déplacements de la recherche au musée – et retour. Jean-Yves Durand, ethnologue, CRIA-UMinho (Portugal) et IDEMEC (Aix-en-Provence), Isabelle Laban-Dal Canto, conservatrice, directrice du musée de Salagon.
10 :30 – Pause
10 :45 - Muletiers et maquignons en Haute-Provence au XVIIIe siècle. Eric Fabre, Maître de conférences HDR, université d’Aix-Marseille, site de Digne-les-Bains.
11 :30 – Les internés civils austro-allemands en Provence durant la Grande Guerre : entre sédentarité et déplacements. Stéphane Kronenberger, Aix-Marseille Université (TELEMME).

12 :15 – Repas

14 :00 – Un exil sans nom, de l’Aragon au Languedoc, 1915/1960. Martin de la Soudière, chargé de recherche au CNRS, Centre Edgar Morin, EHESS.
14 :45 – Yek Than – La place des Roms. Des lieux en mouvement. Lise Foisneau, doctorante à l’IDEMEC, Aix Marseille Université CNRS.
15 :30 – Pause
15h45 – Visite de l’exposition Terre du milieu, terre ouverte, Les mouvements de population dans les Alpes de Haute-Provence, 1800-2017.
17 :30 – Fin de la journée.

Vendredi 16 juin 2017

08 :30 – Accueil
09 :00 – Quand les Hauts-Alpins émigraient aux Amériques. Patrick Caffarel, Michel Clément, chercheurs amateurs.
09 :45 – Gens de l’Ubaye, gens du Piémont. Laura Fossati, association « Sabença de la Valeia », Barcelonnette.
10 :30 – Pause
10 :45 – Gens de l’Ubaye, Gens des voyages. Comment mettre en espace l’histoire partagée des mobilités et migrations en Ubaye : l’expérience du musée de la Vallée à Barcelonnette (1988-2017). Hélène Homps, conservatrice, directrice du musée de la Vallée, La Sapinière, Barcelonnette.
11 :30 – Aram, cordonnier. Jérôme Rigaud, régisseur d’œuvres, association Ethno-Logique, Gap.
12 :15 – Repas
14 :00 – Politiques du déplacement… Expériences de recherche en milieu muséographique. Noël Barbe, Institut interdisciplinaire d’anthropologie du contemporain, conseiller pour les sciences sociales DRAC Bourgogne Franche-Comté et Aurélie Dumain, Ethnopôle Réinventer les musées populaires, musées départementaux de Haute-Saône.
14 :45 – Modulabilités et réécritures d’une exposition itinérante. Dionigi Albera, directeur de recherche au CNRS et Manoël Pénicaud, chargé de recherche au CNRS, IDEMEC, Aix Marseille Université CNRS.
15 :30 – Pause
15 :45 – D’un monde à l’autre ou l’expérience matérielle de la mobilité. Anne Monjaret,
directrice de recherche, IIAC-LAHIC (EHESS –CNRS).
16 :30 – Clôture du Rendez-vous. Antonin Chabert, doctorant en anthropologie, responsable de l’unité scientifique à Salagon et doctorant à l’IDEMEC, Aix Marseille Université CNRS.


Musée de Salagon
04 300 Mane
04 92 75 70 50
http://www.musée-de-salagon.com

inscription OBLIGATOIRE

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