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Séminaire de l’IDEMEC

Séminaire de l'IDEMEC

Vendredi 7 juin 2019
14h00 à 16h00 en salle G. Duby de la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme d’Aix-en-Provence.

Violences politiques identitaires #3

- Didier Bigo (CERI Sciences Po)

L’interopérabilité des bases de données en matière de police, frontière, migration et asile. Sociogenèse d’une guilde des technologies numériques et ses effets d’exclusion.

Cette communication veut montrer que la numérisation du contrôle dans l’Union européenne qui se met en place avec les propositions d’interopérabilité de la Commission européenne et du trilogue avec le Conseil et le Parlement européen doit être discutée sérieusement en abordant les causes profondes qui ont transformé les technologies numérisées de la gestion des bases de données en "solutions" pour les activités de contrôle transfrontalier et les logiques préventives-prédictives.

Même si l’interopérabilité a été présentée comme une réponse au terrorisme à Paris et à Bruxelles et à Nice de 2015 à 2017 ainsi qu’à une solution à la crise dite des réfugiés due prétendument à un manque de contrôle de la liberté de circulation à l’intérieur de la zone et à un manque de surveillance des personnes qui entrent et sortent, il est clair que ces technologies numériques à des fins de sécurité sont le signe d’un passage de la « gestion intégrée des frontières » (IBM) à la « gestion intégrée des données » (IDM) et que cette dernière tient au long processus qui nous a mené du SIS du début des années 90 à maintenant avec un renforcement du pouvoir des informaticiens, ingénieurs systèmes et analystes dans le champ de la sécurité et une restructurations des luttes entre polices, douanes, consulats, préfectures. Nous examinerons les effets d’exclusion et intégration de cette restructuration et les discours qui les accompagnent sur les frontières « intelligentes"
Des critiques ont certes déjà eu lieu en ce qui concerne les effets d’une culture de la surveillance et l’impact sur la vie privée, mais leurs auteurs ont souvent accepté un peu vite que la numérisation était bénéfique en soi et que l’interopérabilité était neutre. Je veux ici contester cette vision d’une amélioration neutre des technologies en montrant qu’elle introduit de facto de nouveaux « acteurs » dans le domaine de la sécurité en Europe qui ont leur propre politique, liée à leurs propres visions de l’ordre mondial, de leurs propres intérêts, et d’ habitus ou de dispositions différentes de l’armée, de la police ou des gardes-frontières, mais qui n’en sont pas moins génératrices d’exclusion.