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Séminaire commun de l’Idemec

Séminaire commun de l'Idemec

Vendredi 9 janvier 2015
14h00-17h00, MMSH - Salle Paul-Albert Février


Sphères de vérité



Le patrimoine populaire est-il (plus) authentique ?
Michel Rautenberg, Université Jean Monnet Saint-Etienne, Centre Max Weber

Jean-Claude Passeron et Claude Grignon, dans Le Savant et le Populaire, montraient comment les manières littéraires de décrire les « cultures populaires » passaient par des artifices d’écriture suggérant l’authenticité de la description. Il n’y a pas de « vérité » de la culture populaire, il y a des effets de domination et de regard sur une altérité regardée avec condescendance ou nostalgie. En arrière-plan du livre se pose une question, évoquée également par Herzfeld dans l’Intimité culturelle, qui est que, aussitôt réifiées par la description ethnographique, ces mêmes cultures populaires échapperaient en fait à la compréhension du chercheur. Raymond Williams pour sa part, qui fit la jonction entre les Cultural Studies et les cultures populaires « traditionnelles », admettait bien cette difficulté à décrire la culture galloise et percevait dans la culture un projet politique d’émancipation vis-à-vis du caractère « postcolonial » de la civilisation britannique.
Et si ces difficultés à dire ce qu’est le « populaire » se retrouvait dans nos difficultés à dire ce que j’avais autrefois nommé le « patrimoine social » qu’on pourrait provisoirement confondre avec un patrimoine « populaire » ou « du populaire » ? Est-il juste de privilégier les valeurs testimoniales qu’il est sensé porter, valeurs directement induites par leur « authenticité » supposée quand elle est garantie par l’ethnographe, là où c’est finalement la situation dans laquelle les objets sont placés qui leur donne leur sens ?


L’authenticité est morte, vive l’authenticité. Fabriquer du patrimoine immatériel entre plusieurs échelles de gouvernance
Chiara Bortolotto, Institut Interdisciplinaire d’anthropologie du contemporain, Paris

Déconstruite par les sciences sociales durant les trente dernières années, la notion d’authenticité a été bannie des critères réservés par l’Unesco à la sélection du PCI de l’humanité. Fabriquer du patrimoine sans recourir à la notion d’authenticité se révèle toutefois l’une des difficultés principales rencontrées aux différentes échelles de la gouvernance globale du patrimoine : par les destinataires ultimes de l’action de l’Unesco, catégorisés par cette institution comme les « porteurs » du patrimoine, par les médiateurs institutionnels qui font remonter leurs projets jusqu’à l’Unesco, et par les représentants des États réunis dans le comité intergouvernemental qui dirige la mise en œuvre de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Une ethnographie des « zones de contact » entre la norme internationale et les différents régimes de patrimonialité contraints de l’intégrer permettra de décrire les frictions créatives qui, tout en transformant un standard international en politique globale, questionnent le concept proscrit d’authenticité.